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Actualité des entreprises

Souveraineté numérique : l’Europe ne peut pas faire cavalier seul

Par Sridhar Iyengar, Directeur Général chez Zoho Europe

Publication: 29 juin

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Signé à l’occasion des récentes consultations bilatérales, l’accord franco-allemand sur la souveraineté numérique marque une étape symboliquement forte. Voir les deux moteurs historiques de la construction européenne s’aligner sur une vision commune de l’autonomie technologique, c’est reconnaître collectivement que la dépendance numérique est devenue une question stratégique, au même titre que l’énergie ou la défense.

Mais si cet accord est une bonne nouvelle, il ne suffit pas. Pour Sridhar Iyengar, Directeur Général chez Zoho Europe, la souveraineté numérique européenne ne se construira pas en se repliant sur elle-même. Elle exige, au contraire, de savoir choisir ses partenaires avec discernement.

L’accord franco-allemand sur la souveraineté numérique est une étape importante. Il envoie un message clair : l’Europe ne considère plus la dépendance technologique comme une fatalité, mais comme un risque à gérer activement. Pour autant, la souveraineté numérique ne se décrète pas. Elle se construit dans les contrats, les architectures techniques, les cadres de conformité et les relations de confiance avec les fournisseurs. Et sur ce plan, l’Europe ne pourra pas faire l’économie de partenariats internationaux bien choisis.

Ce que cherchent la France et l’Allemagne, et derrière elles, l’Union européenne, ce n’est pas l’autarcie numérique. C’est la maîtrise, celle des données, des conditions contractuelles, des modèles de gouvernance. La question n’est pas de savoir si les entreprises européennes utiliseront des technologies développées hors d’Europe. Elles le feront. Elle est plutôt de savoir dans quelles conditions, et avec quels partenaires.

L’un des défis concrets de la souveraineté numérique, c’est la capacité d’exécution. Repenser des architectures IT, migrer des systèmes critiques, opérer des environnements conformes aux exigences européennes, cela demande des compétences pointues, en volume. Or l’Europe fait face à une pénurie de talents technologiques structurelle. C’est là que la coopération avec l’Inde prend tout son sens, non pas comme une solution d’appoint, mais comme un levier stratégique. Une mobilité des compétences mieux encadrée, inscrite dans des accords bilatéraux clairs, permettrait à l’Europe de disposer des ressources nécessaires pour concrétiser ses ambitions, sans dépendre de modèles d’externalisation opaques.

Il faut aussi dissiper un malentendu : les acteurs technologiques indiens ne sont plus de simples prestataires offshore. Nombre d’entre eux sont aujourd’hui des éditeurs indépendants de logiciels à part entière, habitués à opérer dans des environnements soumis au RGPD et aux exigences de conformité européennes. Ils sont en mesure d’assumer une responsabilité contractuelle pleine, ce qui change fondamentalement la nature de la relation.

Le récent accord de coopération UE–Inde sur l’intelligence artificielle illustre bien cette dynamique. L’Europe apporte des données industrielles à haute valeur et des cadres réglementaires solides, alors que l’Inde apporte une capacité d’ingénierie à grande échelle et une expérience éprouvée dans la construction de produits logiciels complexes. Cette complémentarité est une base sérieuse pour développer des applications d’IA qui répondent aux standards européens, sans dépendre exclusivement d’infrastructures extraeuropéennes.

L’accord franco-allemand pose les bonnes questions. Les réponses, elles, viendront aussi des alliances que l’Europe saura nouer avec des partenaires qui partagent ses exigences et ont la capacité de les tenir.

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