Selon le premier State of Critical Infrastructure Cybersecurity Report de Palo Alto Networks, 61 % des organisations françaises d’infrastructures critiques ont subi au cours des douze derniers mois un incident de sécurité ayant affecté leurs opérations, et 57 % placent les risques pour la sûreté physique des personnes en tête des impacts de ces incidents.
Palo Alto Networks, leader mondial de la cybersécurité, dévoile la première édition de son rapport State of Critical Infrastructure Cybersecurity, réalisé avec le cabinet Sapio Research auprès de plus de 1 600 responsables de la sécurité des infrastructures critiques dans 11 pays. Industrie, santé et sciences de la vie, énergie et services aux collectivités, transports, secteur public : l’étude dresse le portrait d’organisations confrontées à des menaces qui s’accélèrent sous l’effet de l’intelligence artificielle, alors que leurs environnements opérationnels (OT) restent difficiles à observer, à cloisonner et à corriger rapidement.
En France, le constat présente un profil singulier : une inquiétude face à l’IA offensive nettement plus forte que la moyenne mondiale, une meilleure visibilité sur les actifs industriels, mais une convergence IT/OT plus lente, freinée par des arbitrages budgétaires.
« Les infrastructures critiques ont certes bénéficié de davantage d’efforts de protection que par le passé. Mais l’accès généralisé aux IA avancées change définitivement la vitesse à laquelle les menaces opèrent, ce qui devient la principale source d’inquiétude. Corriger un contrôleur d’automate ou l’interface d’un équipement médical prend des semaines, face à des exploitations de vulnérabilités qui prennent quelques heures. Protéger ces actifs à la vitesse machine, sans attendre l’application des correctifs, nécessite de casser les silos entre l’IT et l’OT. D’abord sur la question des moyens budgétaires pour la protection, ensuite sur une visibilité commune, des processus partagés et une réponse automatisée compatible avec les contraintes de l’OT », commente Raphaël Marichez, CSO France et Europe du Sud chez Palo Alto Networks.
Les décideurs français sont quasi unanimes : 99 % se disent préoccupés par les attaques menées contre les infrastructures critiques à l’aide des modèles d’IA les plus avancés (« Frontier AI »), contre 95 % au niveau mondial. Surtout, 23 % se déclarent « extrêmement préoccupés ». C’est plus que la moyenne mondiale (15 %) et la moyenne européenne (17 %), et plus de deux fois le niveau observé en Allemagne (9 %).
Un paradoxe émerge de ce rapport : les Français sont aussi les plus sceptiques quant à la capacité de l’IA défensive à contrer cette menace. 83 % attendent des solutions de cybersécurité fondées sur l’IA qu’elles jouent un rôle face à ce risque, contre 91 % au niveau mondial, et 16 % disent avoir des attentes faibles, soit deux fois la moyenne mondiale (8 %).
Selon les conclusions du rapport, les menaces perçues sont également plus fortes en France. L’instabilité géopolitique est citée comme l’un des principaux risques par 29 % des répondants français (23 % au niveau mondial), les menaces étatiques par 24 % (21 %) et les appareils mobiles personnels par 37 % (27 %).
61 % des organisations françaises interrogées ont connu au cours des douze derniers mois un incident de sécurité ayant affecté leurs opérations (contre 59 % au niveau mondial), dont 23 % à plusieurs reprises.
Lorsque ces incidents surviennent, les risques pour la sûreté des personnes arrivent en tête des impacts cités en France (57 %, contre 50 % au niveau mondial). Viennent ensuite les perturbations de la production (51 %, contre 46 %), les pertes financières (42 %) et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement (41 %).
L’enjeu économique est évidemment considérable : une heure d’arrêt non planifié sur le site ou l’activité la plus critique coûte en moyenne 230 000 euros aux organisations françaises interrogées (environ 258 000 dollars en moyenne au niveau mondial).
Seules 21 % des organisations françaises gèrent la sécurité IT et OT comme une fonction unique et pleinement intégrée (26 % au niveau mondial). 28 % les gèrent encore de façon séparée ou partiellement séparée, contre 23 % au niveau mondial et 16 % en Allemagne.
Spécificité française : le premier frein à la collaboration entre équipes IT et OT est la question de la responsabilité sur les budgets, citée par 40 % des répondants, contre 32 % au niveau mondial. Ailleurs, ce sont l’incompatibilité technologique et la divergence de priorités entre équipes (44 % chacune) qui dominent.
Pour accélérer cette convergence, les Français misent d’abord sur des tableaux de bord de performance partagés entre IT et OT (46 %) et sur une plateforme SOC unifiée (45 %).
Bonne nouvelle : 39 % des organisations françaises déclarent disposer d’une visibilité complète et en temps réel sur les actifs connectés à leur réseau OT, contre 32 % au niveau mondial. Les systèmes OT anciens (legacy) sont cités comme un défi de visibilité par 39 % des répondants français, contre 52 % au niveau mondial.
Mais les capacités de réponse immédiate restent en retrait. Seules 31 % des organisations françaises ont mis en place des correctifs virtuels (virtual patching) ou des contrôles compensatoires pour leurs actifs vulnérables (40 % au niveau mondial), et 33 % surveillent en continu leur trafic 5G/LTE privé (43 %).
Aujourd’hui, seuls 11 % des répondants français contiennent un incident en quelques minutes grâce à l’automatisation (15 % au niveau mondial) ; 61 % y parviennent en quelques heures. L’objectif est ambitieux : 57 % visent un confinement automatisé en quelques minutes d’ici douze mois. Les organisations françaises utilisent en moyenne 7 outils de sécurité distincts, comme au niveau mondial. Signe d’une prise de conscience, 88 % des organisations françaises prévoient d’augmenter leurs investissements dans la sécurité des infrastructures critiques au cours des deux prochaines années (83 % au niveau mondial).