Alors que la date butoir pour la loi européenne sur l’IA (EU AI Act) risque d’être repoussée, le risque posé par une IA non sécurisée ne vas pas disparaitre pour autant. Le fait même que cette date soit reportée à cause des difficultés liées à la mise en place d’une architecture de conformité souligne à quel point cette réglementation est nécessaire. Car si la Commission européenne peine à définir ce qu’est une IA sécurisée, il y a fort à parier que les entreprises soient dans le même cas.
Malgré cela, une étude menée le mois dernier a révélé que 88 % des organisations de la région EMEA s’attendaient à respecter les délais initiaux de la loi européenne sur l’IA, et un peu moins d’une sur dix (9 %) s’attendait à en manquer certains. Soit les organisations sont bien mieux préparées que la Commission européenne elle-même, soit il existe un immense décalage entre leur perception de leur niveau de sécurité de l’IA et la réalité de la résilience de leurs données.
Fait intéressant : deux fois plus d’organisations allemandes et françaises ont déclaré s’attendre à ne pas respecter les délais par rapport à leurs homologues britanniques. Là encore, ce résultat pourrait traduire un manque de préparation ou une mauvaise compréhension des exigences. Après tout, certaines organisations britanniques pourraient supposer que la loi ne s’applique pas à elles ; mais, à l’image du RGPD, elle aura des répercussions importantes bien au-delà des frontières de l’UE.
Avec l’intensification de la concurrence sur le marché autour des capacités d’IA et l’évolution de ces délais, il pourrait être tentant de renoncer à la gestion des risques liés à l’IA, pour privilégier la rapidité au détriment de la sécurité. Mais si les règles du jeu changent, cela ne signifie pas pour autant que les risques liés à l’IA sont moins dangereux. Les environnements de données encombrés ne sont pas seulement un casse-tête en matière de conformité ; ils constituent une menace existentielle. Pour y faire face, les organisations doivent donner la priorité à la transparence et à une architecture d’IA robuste afin que, au moment des échéances nouvellement fixées, elles ne se contentent pas de respecter les exigences de conformité, mais les dépassent largement. Les entreprises ne doivent pas voir là-dedans une raison de se relâcher, mais la considérer comme une raison de redoubler, voire de tripler, leurs efforts pour améliorer la visibilité et la sécurité de l’IA.