
Réaction de Talents du numérique, think tank national réunissant 70 établissements d’enseignement supérieur et 2 850 entreprises du numérique
« Cette annonce est une mesure isolée, alors qu’il faut une réforme systémique et une vraie ambition. La France n’a toujours pas de véritable de politique d’enseignement de l’informatique et de l’IA » Jonathan Amar, président de Talents du numérique
Talents du numérique salue l’annonce de Monsieur Edouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale visant à instaurer, à partir de la rentrée 2027, un enseignement dédié à l’intelligence artificielle pour tous les élèves de seconde. Cette décision marque une prise de conscience bienvenue : il est en effet indispensable que les jeunes générations ne soient pas seulement utilisatrices des technologies d’IA, mais qu’elles en comprennent les mécanismes, les enjeux et les limites. L’École a un rôle essentiel à jouer pour former des citoyens éclairés, capables d’exercer leur jugement et leur liberté.
Toutefois, cette mesure ne saurait constituer à elle seule une réponse suffisante. La prise en compte de l’intelligence artificielle dans notre système éducatif doit être pensée de manière systémique. L’enseignement de l’IA ne peut être dissocié d’une réflexion plus large sur la place de l’informatique dans les programmes scolaires. Attendre la classe de seconde pour aborder ces questions risque de créer une rupture alors que les élèves sont déjà confrontés très tôt aux outils numériques et aux algorithmes qui structurent leur quotidien. Un véritable parcours de formation devrait être construit avec l’acquisition de compétences dès le CP et un enseignement spécifique, structuré et indépendant en informatique dès le collège.
Cette ambition suppose également de relever un défi majeur : celui des ressources humaines. Former les élèves à l’IA exige des enseignants eux-mêmes formés et accompagnés. Cela implique de renforcer la formation initiale et continue des professeurs, mais d’augmenter significativement le nombre d’enseignants, disposant de compétences solides en informatique et en sciences du numérique, recrutés grâce au CAPES et à l’agrégation. Sans un investissement massif dans les compétences professionnelles, le risque est grand de voir les objectifs affichés se heurter aux réalités du terrain.
L’annonce du ministre constitue donc une avancée importante et nécessaire. Mais pour permettre aux élèves de véritablement comprendre et maîtriser l’intelligence artificielle, il faut désormais inscrire cette initiative dans une politique éducative globale, ambitieuse et durable du numérique et de l’informatique à l’École.