Selon le dernier baromètre publié par le CESIN, 81 % des entreprises interrogées estiment disposer d’une vision complète de leurs actifs, tandis que 92 % ont identifié ou sont en cours d’identification de leurs actifs critiques. Si la maturité cyber progresse au sein des entreprises françaises, la complexité des infrastructures hybrides continue toutefois d’ouvrir des brèches exploitables. Cette tendance est confirmée par une étude conduite par Forrester pour NETSCOUT, qui souligne que 65 % des organisations peinent à maintenir une visibilité unifiée lors de leur expansion vers le cloud. En France, où la souveraineté des données et la transition vers le « cloud de confiance » sont au cœur des débats, ce manque de profondeur d’analyse crée des zones d’ombre. Ces vulnérabilités constituent autant de failles exploitables que des adversaires utiliseront pour semer le chaos.
Pour Daniel Crowe, Area Vice President pour la France et l’Europe du Sud chez NETSCOUT, les outils d’observation traditionnels ne suffisent plus à couvrir l’ensemble des flux, notamment les mouvements latéraux au sein des réseaux, laissant le champ libre à des menaces qui s’installent durablement dans les systèmes.
« Ironiquement, c’est un peu la crise de visibilité que personne n’a vu venir. En effet, l’opacité technologique dont nous sommes témoins se traduit par un coût humain et opérationnel direct pour les RSSI. Notre étude révèle ainsi que 61 % des analystes consacrent plus de dix heures par semaine au seul traitement manuel des alertes, souvent par manque d’une solution d’analyse et de visibilité réseau suffisamment performante. Ce temps de gestion, particulièrement chronophage dans un contexte de pénurie de talents en cybersécurité, retarde la détection réelle des incidents. En l’absence de données précises sur les paquets et les flux en temps réel, les équipes de sécurité s’épuisent dans une phase d’analyse fragmentée, là où une vision consolidée permettrait une réponse proactive et une réduction immédiate du risque de violation de données.
Pour sortir de cette posture réactive, l’intégration de solutions de visibilité s’impose désormais comme l’un des piliers des stratégies modernes de type Zero Trust. Au-delà de la simple surveillance, ces outils constituent le socle nécessaire pour exploiter efficacement des technologies avancées comme l’intelligence artificielle ou le machine learning. En réconciliant la visibilité du trafic "Nord-Sud" et "Est-Ouest" avec les outils existants (SIEM, EDR), les entreprises peuvent enfin bénéficier d’une résilience structurelle. Comme le souligne le rapport, la visibilité réseau n’est plus une option technique supplémentaire, mais bien l’épine dorsale de la sécurité ; elle garantit la continuité de l’activité économique face à des cybermenaces toujours plus agressives et sophistiquées.
La transformation des infrastructures numériques impose de repenser la sécurité non plus comme une succession d’outils isolés, mais comme une véritable couche de visibilité transverse. Pour pallier les angles morts, les organisations adoptent désormais des approches fondées sur l’inspection profonde des paquets et l’extraction de métadonnées, fournissant ainsi les preuves tangibles qui font souvent défaut aux outils de détection traditionnels. Cette visibilité doit impérativement suivre les workloads en environnements cloud hybrides afin d’éviter toute interruption de monitoring. De plus, face à la généralisation du chiffrement, l’analyse comportementale du trafic devient essentielle pour comprendre l’intention des flux sans compromettre la confidentialité.
En outre, l’enjeu est également opérationnel : il s’agit de réduire drastiquement les cycles d’investigation pour soulager des analystes souvent submergés par le volume d’alertes. Plutôt que de remplacer l’arsenal existant (SIEM, EDR, SOAR), ces solutions de visibilité réseau ont pour vocation de l’enrichir en apportant un contexte inédit et une corrélation de données plus fine. À terme, la performance des stratégies de défense ne dépendra plus seulement de la capacité de réaction, mais de la volonté des entreprises de bâtir une visibilité proactive pour éliminer les zones d’ombre où prospèrent les menaces, pour évoluer vers une posture préventive. »